Le miracle n'a pas eu lieu. Malgré des rumeurs encourageantes (comme chaque saison ou presque) au niveau des scrims, les fans ont été obligés de constater qu'une fois sur la grande scène, les équipes asiatiques gardent une longueur d'avance sur les formations européennes. Et cette longueur commence de plus en plus à ressembler à un bassin olympique. Le pire pour l'ego des fans européens est sans doute de voir le seed 1 nord-américain accéder aux quarts de finale, alors qu'il n'y a aucun représentant du LEC. Pour la première fois depuis 2014, il est correct d'écrire NA > EU dans les chats Twitch, et c'est sans doute la partie la plus difficile à avaler.
Quelles sont les raisons de cet échec ?
Après les saisons 2018, 2019 et 2020 les fans des équipes du Vieux Continent étaient plutôt optimistes, car l'écart avec les régions asiatiques semblait de plus en plus mince. Seulement, un nouveau fossé s'est créé depuis, et il sera difficile de tout mettre sur le dos de la COVID-19 après 3 ans d'échec. Difficile aussi de blâmer le système de franchise, qui aurait mis fin à la compétitivité dans la région. Un tel système a également été mis en place en LCK et LPL, et ces régions continuent de dominer.
Pourtant cet argument n'est pas forcément faux, mais a plutôt mis en avant un autre problème pour les structures européennes. En Chine et en Corée du Sud, l'esport reste beaucoup plus populaire que chez nous. Cela explique pourquoi certaines grandes marques n'hésitent pas à investir dans cette discipline, car elle apporte beaucoup de visibilité qu'en Europe. À titre d'exemple, KT et T1 seraient SFR et Orange dans l'Hexagone, tandis que Weibo est un réseau social chinois et Li-Ning (le LN de LNG) un équipementier sportif (TLDR : en Chine, y'a Décathlon Gaming).
Cela peut faire une grosse différence sur les moyens détenus par les équipes : pour T1 le slot LCK représente un investissement beaucoup moins important que pour une équipe comme Karmine, G2 ou MAD Lions. De plus, les équipes LCK/LPL ne doivent pas forcément être rentables*, ce qui leur permet d'investir davantage sur le long terme, plutôt que d'avoir une obligation de résultats pour espérer rester compétitive la saison prochaine.
*Cela ne veut pas dire que les équipes LCK/LPL concernées peuvent jeter de l'argent par les fenêtres. Mais comme elles attirent des clients chez ces marques, de manière qu'il est assez compliqué de quantifier sans chiffre précis (mais si ça ne fonctionnait pas, des structures comme T1 ou KT auraient arrêté d'investir il y a bien longtemps), mais cela signifie que leur budget LCK n'a pas besoin d'être à l'équilibre vu qu'elle génère de l'argent indirectement, contrairement à une équipe LEC qui comptera sur ses sponsors et la vente de merch (même si cette dernière fait généralement plus office de pourboire qu'autre chose, à part peut être pour certaines équipes très populaires).
Il serait cependant trop simple de dire que l'argent est la seule raison de la débâcle des équipes LEC. Les joueurs n'étaient pas au niveau, hormis quelques uns, la plupart des joueurs européens ont été dominés dans leurs duels face aux meilleures équipes asiatiques (et aussi un peu contre les NA). De même la gestion de la carte et des objectifs est souvent bien meilleure chez les formations orientales. Difficile de dire ce qui cause cette différence de niveau, si c'est la détection des talents européens qui n'est pas assez performante et ne repère pas forcément les éléments les plus prometteurs, si ce sont les joueurs qui manquent de sérieux et d'investissement, si ce sont les coachs et analystes qui ne sont pas au niveau ou si la différence de moyens financiers permet aux joueurs LCK/LPL de s'entraîner dans de meilleures conditions ce qui créé à terme cette différence de niveau (ou encore, c'est peut être aussi un mélange de toutes ces raisons).
Il est aussi logique de s'interroger sur le format du LEC. Ce fut la seule ligue majeure à avoir disputé 3 splits cette saison, et les joueurs pourraient avoir accusé le coup. On peut notamment penser à G2 et MAD Lions qui ont joué tous les événements internationaux cette saison. Il ne faut cependant pas oublier que la LCK a la Kespa Cup en hiver et qu'il existe la Demacia Cup en Chine qui se joue à la même période. Tenir sur la longueur ne semble pas impossible, même si il faut reconnaître que les équipes de LCK/LPL n'hésitent pas à donner du temps de jeu à leurs joueurs académiques pendant ces compétitions.
Quel avenir pour les équipes européennes ?
L'écart entre les formations du Vieux Continent et les équipes asiatiques est aujourd'hui assez important. C'était aussi le cas en 2014, mais dès le MSI 2015, les Fnatic avaient remonté une équipe qui pouvait défier les meilleures équipes du monde, et dans la foulée les anciens joueurs de l'équipe sont revenus mettre tout le monde d'accord au Summer Split sous le nom Origen, avant de faire top 4 des Worlds 2015. L'écart peut donc être comblé, même si il semble assez improbable qu'il se rétrécisse aussi rapidement qu'en 2015.
Tous les compartiments du jeu doivent aujourd'hui être remis sur la table dans toutes les équipes. Des progrès sont à faire dans tous les domaines, que ce soit la macro, la micro ou la phase de draft. Des choses qu'il est bien plus facile à écrire qu'à faire.